Un historien racontait au sujet de l'empire romain : « Ce qui fait la force de Rome, ce n'est pas d'avoir remporté toutes les batailles sur une courte période, mais d'avoir régné sur le bassin méditerranéen pendant plusieurs siècles ». Cela illustre parfaitement la force du Football Club de Sochaux-Montbéliard. Fondé en 1928, le club est ancré dans l'histoire de la ligue 1, pas par son palmarès, mais par sa capacité à perdurer dans le temps. La saison 2013-2014 était en effet la 66ème saison des sochaliens dans l'élite (pour 10 saisons en ligue 2). Ce record pour un club français fait oublier son armoire à trophées, qui n'est pas des plus remplies : 2 titres de champion de France (1935, 1938), 2 coupes de France (1937, 2007) et 1 coupe de la ligue (2004). Néanmoins, le club de Franche-Comté devra attendre minimum un an avant d'être assurer de jouer sa 67ème saison en première division. Au terme d'un 66ème exercice contrasté, les sochaliens ont terminé à la 18ème place, synonyme de relégation, à deux points de l'ETG, de Nice et de Guinguamp. Retour sur la saison des francs-comtois.

 

Equipe FC SochauxLes francs-comtois sont passés tout près de l'exploit

 

La première partie de la saison de Sochaux fut des plus décevantes, et l'arrivée rapide dès le mois d'octobre d'Hervé Renard, vainqueur de la Coupe d'Afrique des Nations en 2012 avec la Zambie, n'a rien pu changer. Dans la zone rouge dès la 3ème journée et une défaite contre Montpellier, Sochaux semblait déjà condamné. Enchaînant les défaites, Sochaux termina 19ème à la trêve hivernale. Avec seulement 11 points pris sur 57, personne ne songeait à un sauvetage du FCSM, qui avait déjà un pied en ligue 2. L'équipe, peu séduisante, produisait un jeu insipide, sans envie. La défense était trop souvent débordée et l'attaque peu efficace. La différence de but de -24, avec 37 buts marqués pour 61 encaissés, illustre parfaitement cette affirmation. La patte de Hervé Renard tardait à apparaître. L'élimination en 1/16 de finale de coupe de France par Angers SCO (club de ligue 2), vint encore plus ternir ce bilan.

Cependant, la seconde partie de la saison prit une allure beaucoup plus plaisante. La stratégie de Renard commençait à prendre forme. Les 11 titulaires avaient été, pour la plus grande partie, remplacés. Les principales recrue de l'intersaison s'avèreront être le ghanéen Jordan Ayew, arrivé sous forme de prêt de l'Olympique de Marseille... et le déjà sochalien Sébastien Corchia, son transfert du côté de Lille n'ayant pas été conclu pour des raisons administratives. Les principales modifications de l'équipe du coach français avait été de remplacer dans les buts Pouplin par le trentenaire Pelé, de titulariser Ayew et de repositionner Corchia au milieu de terrain. Ces choix s'avéreront parfaitement judicieux, Ayew terminant la saison second buteur sochalien (5 buts, à égalité avec Contout), derrière l'attaquant Bakambu (7 réalisations). Corchia fit lui aussi une excellente seconde partie de saison à un poste inhabituel, prouvant sa polyvalence, avec 3 buts et une élection de joueur du mois d'avril en prime.

Jordan AyewJordan Ayew, symbole du bon recrutement hivernal sochalien

De même, Pelé fut tout aussi convaincant. Plus le terme de la saison approchait, plus il semblait que les joueurs du Stade Bonal enchaînaient les bonnes performances au point de se sauver. Sochaux, qui n'avait pris que 11 points en 19 journées, fit presque 3 fois mieux les 19 suivantes (29 points). Sur les cinq dernières rencontres, le club comptabilise même 10 points sur 15 possibles (à égalité avec Paris, seul Monaco et St Etienne ont fait mieux). Après avoir retardé le sacre du PSG en arrachant un match nul à domicile, les jaunes et bleus, plus déterminés que jamais, remportèrent un match à Rennes qui leur permettait de disputer la « finale » tant attedue contre l'ETG en clôture du championnat. Le perdant de cette rencontre à haute tension aurait été relégué. Sous fond d'échanges musclés entre Renard et Dupraz, les savoyards tueront rapidement tout suspense et infligeront ce cruel 3-0 aux joueurs sochalien dans un stade Bonal plein à craquer.

Ce magnifique sprint opéré par les joueurs d'Hervé Renard ne parvint finalement pas à les maintenir dans l'élite. L'ancien entraîneur de la Zambie, probablement l'un des meilleurs du championnat cette saison, a confirmé son départ en regrettant « de ne pas avoir fini en beauté ». Il était cité parmi les remplaçants potentiels de Rémy Garde à Lyon (ce sera finalement le rémois Hubert Fournier). Tout au long de la saison, l'équipe a pu compter sur un public fidèle, encourageant ses joueurs même dans les moments difficiles. Le slogan « Never give up » du public de Franche-Comté résume parfaitement l'état d'esprit du côté de Sochaux en cette fin de saison et l'espoir a fait vibrer les tribunes. Le FCSM affiche malgé tout un bon bilan à domicile avec 30 points (équivalent à 3/4 des points de Sochaux cette saison), et la 11ème place du classement si l'on ne considère que les matchs à domicile. Conscient de l'importance de son public, le club a écrit, par l'intermédiaire du président Laurent Pernet, une belle lettre de remerciement pleine d'émotions aux supporters pour leur enthousiasme et leur sympathie.

Hervé RenardHervé Renard aura tout de même marqué les esprits

« Cette toute fin de championnat ne doit pas faire oublier la combativité et l’engagement de nos joueurs, les qualités morales et l’esprit d’équipe du groupe et de tous ceux qui les ont encadrés, la force de conviction d’Hervé Renard, l’unité et le soutien de tout un club. » (lire la lettre ici : http://www.fcsochaux.fr/fr/index.php/article/40-club/6443-le-message-du-fcsm-a-ses-supporters). Auteur d'une des saisons l'une des plus contrastées de ligue 1 cette saison, Sochaux aurait largement mérité sa place dans les 10 premiers si la première partie de la saison n'avait pas été désastreuse. Malgré l'absence la saison prochaine d'Hervé Renard, de Sébastien Corchia et de Jordan Ayew, ce club et ce public méritent de revenir au plus vite en ligue 1, où le club a parfaitement sa place. Pour les plus pessimistes, sachez que sur les six relégations de son histoire, le FCSM a retrouvé quatre fois l'élite après seulement une saison passé en ligue 2.

Arnaud de Guilhermier