Il y a maintenant quelques semaines, nous vous avions proposé un article sur le blog intitulé « En immersion du côté du Cannes Bocca Futsal ». Alors que nous souhaitions parler de cette discipline, nous avions sollicité le club phare de notre région, le Cannes Bocca Futsal, qui nous avait permis d’assister à un match comptant pour le Championnat de France ainsi que de rencontrer des personnalités du club. L’occasion pour nous d’aborder avec eux leur sport et de recueillir leurs avis à propos du futsal et de son développement à l’échelle nationale, mais aussi de son positionnement par rapport au football et du soutien dont il bénéficie de la part des collectivités et la Fédération Française de Football. Ça tombe bien, le CBF, club doyen en France, est toujours en course pour le doublé Coupe-Championnat et dispose d’un effectif de qualité dirigée par un coach espagnol passé notamment par le FC Barcelone. Autant dire qu’ils étaient bien placés pour répondre à nos questions et nous éclairer de la meilleure des manières. Essayons donc de revenir sur les différents enseignements que nous avons pu tirer de cette rencontre.

Pour beaucoup de non-initiés, parler de futsal est difficile si vous n’avez pas fait les présentations avant. Car malheureusement, le futsal est encore parfois considéré à tort comme un simple dérivé du football. Il n’est pas rare en effet qu’à l’évocation de ce sport on vous reprenne par un « ah oui, le football en salle », avant de revenir ensuite sur des souvenirs de jeunesse, que ce soit à l’école ou en club. Certes, nous avons tous, à un moment ou un autre de notre existence plus ou moins joué dans cet espace réduit, à 5 contre 5, avec un ballon (qui parfois ressemblait à cette balle de tennis géante), un sport que l’on appelait tous « football en salle ». Mais l’apparenter aujourd’hui avec le futsal, c’est réducteur, très réducteur. C’est même un contresens assez lourd puisqu’il s’agit bien d’une discipline à part entière, avec ses propres codes, ses propres idées, sa propre philosophie de jeu. Certes, le ballon est rond et il faut marquer un but de plus que l’adversaire, mais la balle est plus petite, plus lourde aussi, et il ne suffit pas d’être bon footballeur pour être un bon joueur de futsal.

Sport à part entière pour certains, « dérivé loisir » du football pour d’autres, cette méprise pose d’énormes difficultés aux clubs pour obtenir le soutien nécessaire de la part des collectivités ou des instances. Un problème de perception qui, combiné au manque de communication autour de la discipline et à la relative implication de la FFF pour la structurer, place d’emblée le futsal en position délicate. Ainsi, lorsque nous avions échangé avec l’entraîneur espagnol du Cannes Bocca Futsal, Manuel Moya, ce dernier n’y était pas passé par quatre chemins pour évoquer les lacunes du futsal français, en retard derrière les grandes nations telles que l'Espagne : « Parmi les grandes différences entre la France (40ème nation Fifa futsal) et l’Espagne (2ème nation Fifa futsal), il y a tout d’abord la structure. Je pense qu’il faudrait 10-15 ans à la France pour rattraper le retard qu’il a sur l’Espagne… si la Fédération décidait de parier sur le futsal. Je ne parle pas pour la qualité de ses joueurs, mais pour le structurer ». Ancien entraîneur en U16 des jeunes du FC Barcelone, ancien sélectionneur de l’équipe de Catalogne de la même catégorie d’âge, l’entraîneur cannois sait de quoi il parle.

Equipe CBFManuel Moya (2ème au second rang), a évoqué le manque de structure du futsal français

 « En Espagne, il y a peut-être 20 ans, toutes les fédérations régionales se sont réunies, ont organisé toutes les compétitions pour les jeunes, toutes les compétitions régionales, ce qui nous a permis au niveau national d’avoir un très bon niveau. Les brésiliens sont arrivés très tôt et ont permis d’élever le niveau. », poursuivait-il. Un chemin qui, semble-t-il, n’a pas été emprunté chez nous, malgré peut-être quelques bonnes intentions ci et là mais somme toute un peu trop timides. A l’arrivée, ce manque de structure et d’organisation conduit inévitablement à des différences côté terrain, avec des joueurs qui possèdent des lacunes tactiques. Des lacunes qui s’expliquent facilement, puisque les joueurs de futsal ne suivent pas véritablement de formation de joueur de futsal à part entière, pas au sens où on peut l’entendre en Esapgne par exemple. En effet, et même s’il existe probablement des contre-exemples, beaucoup de joueur de futsal en France ont d’abord suivi une formation au foot à 11 avant de passer du côté du futsal. Preuve que football et futsal sont bien deux disciplines à part, et qu’être bon footballeur ne signifie pas forcément être un bon « futsalleur ».

Pour autant, opérer une distinction entre ces deux disciplines ne signifie pas pour autant qu’il n’existe aucune passerelle entre le football et le futsal. Les exemples de Wissam Ben Yedder (Toulouse), Youssef El Arabi (Granada), ou  encore Moussa Sao (Le Havre), tous passés par la case futsal, montrent que les connections existent. D’ailleurs, la passerelle fonctionne dans les deux sens. En effet, dans une certaine proportion, beaucoup de joueurs ont d’abord débuté leur parcours dans le football en espérant y faire carrière avant de bifurquer vers le futsal… pour mieux retourner vers le football. L’exemple type que nous avons rencontré il y a quelques semaines, c’est Sofiane Bendaoud. International français, cela fait un an à peine que le joueur pratique le futsal. Avant de rejoindre le CBF, il faisait ses classes au centre de formation de l’En Avant Guignamp. Avec ses prestations de qualité qui lui ont permis d’atteindre le statut de joueur international, il espère avoir une seconde chance de percer dans le football et disposerait déjà de quelques touches. Du côté du club ou de son entraîneur, difficile de ne pas encourager cela, priorité au joueur avant tout.

Sofiane Bendadoud et GhaniSofiane Bendadoud, passé par l'EAG et international futsal

« Il a l’opportunité de retourner dans le foot à 11. S’il reçoit des offres, peut-être qu’il partira, sinon sincèrement, qu’il reste dans le futsal car il a des qualités. » résumait ainsi son entraîneur, qui comprend parfaitement la situation. Pourtant, on touche là à un problème. Comment le futsal peut-il progresser, si à terme les joueurs qui viennent le renforcer finissent par rejoindre le foot à 11 ? Il s’agit là d’une limite à cette pratique. Si les clubs comprennent leurs joueurs et sont fiers de voir l’un des leurs rejoindre le « grand football », du côté de ces clubs de futsal, il y a aussi des intérêts à défendre. Aussi, ils aimeraient, en particulier de la part des instances du football, davantage de soutien. Car s’il est déjà difficile de former, de façonner des joueurs à la pratique du futsal au vu notamment du manque de moyen, finir par les voir rejoindre au tout-puissant football peut rendre la pilule encore plus difficile à avaler. C’est aussi pour cette raison que les instances du football, en particulier la FFF, doit mettre en œuvre les moyens suffisants pour aider ces clubs à se structurer et à progresser, non pas à s'affaiblir au profit du football. 

Farid Benameur, le manager général du Cannes Bocca Futsal, regrette ce manque de moyen et de reconnaissance. Que ce soit de la part de la FFF, ou même de la part des collectivités locales, il déplore le fait que l’on n’aide pas assez le futsal alors qu’il véhicule lui aussi des valeurs positives. « Nous aussi nous avons un rôle social. Certains joueurs que nous accueillons sont passés par des centres de formation, ils ont été relâchés dans la nature parce qu’on ne voulait plus d’eux. Nous, nous les récupérons et nous leur permettons de terminer leur formation. ». Une amertume palpable et légitime, surtout lorsque l’on sait que les clubs de futsal à haut niveau doivent faire face à de nombreuses exigences. Un sentiment que l’on a vraiment pu confirmer au cours de nos échanges, et qui donne l’impression que le futsal est aujourd’hui coincé entre deux mondes, celui d'une discipline au statut amateur mais confrontée aux exigences inhérentes au sport de haut niveau du monde professionnel. Pour résumer la situation, on ne donne pas au futsal les moyens de leurs ambitions, et c’est bien dommage. Pourtant, il y a un vrai intérêt à le faire.

Roumanie-France FutsalLe futsal français doit se développer pour rattraper son retard

Pourtant, stratégiquement parlant, le football français, la 3F en tête, a tout intérêt à s'investir davantage dans le futsal, en raison justement de ces passerelles qui existent entre les deux disciplines. En effet, il n’est un secret pour personne que la pratique du futsal, orientée sur le contrôle du ballon et la technique individuelle, peut aussi permettre de créer de très bons footballeurs. Le Brésil et l’Espagne, deux des nations favorites du Mondial 2014 constituent à ce titre, de bons exemples. Ces deux nations, par ailleurs classées aux deux premières places du classement futsal de la Fifa, apportent davantage d'importance à la pratique du futsal, au point de l’intégrer dans le système éducatif et de l’enseigner dans les écoles. A l’arrivée, une grande partie de leurs footballeurs débutent leur initiation au ballon rond par la pratique du futsal, et ce n’est pas un secret si elles produisent aujourd’hui parmi les meilleurs manieurs de ballon de la planète. En ce sens, et alors que l’on parle beaucoup de réformer la formation avec un projet porté sur le jeu et la technique individuelle intégrée dans un collectif, le France aurait peut-être ainsi intérêt à se pencher sur cette discipline ô combien importante dans le développement d’un joueur. A l'arrivée, les deux disciplines en sortiraient largement gagnante.

On ne peut que regretter que la pratique du futsal en France ne soit pas davantage reconnue, et il est dommage de n'en entendre parler que lorsque l'un de ses anciens pratiquants comme Wissam Ben Yedder flambe en Ligue 1 avec le TFC. Cette discipline détient pourtant tous les atouts pour avoir le succès et séduire le public. Peut-être manque-t-il à cette discipline de vrais soutiens, de la part des collectivités et des annonceurs, mais aussi de la FFF ? Peut-être n'existe-t-il pas une véritable volonté de leur part de propulser davantage cette discipline et d'encourager sa pratique ? Des efforts sont peut-être faits mais il ne sont pour le moment pas suffisant. Une lueur d’espoir existe cependant, avec l'essor notamment de structures dédiées et la création de clubs de futsal qui petit à petit se lancent dans l’aventure. Il revient aux instances dirigeantes de réunir tout le monde et de structurer davantage la discipline si elle ne veut pas être trop largement distancée par les autres nations, et voir ainsi perdre de milliers et milliers de personnes investies au quotidien pour la pratique de leur "ballon rond" à eux, le futsal.