Le Ballon d’Or, ah ce bon vieux Ballon d’Or. Cette récompense devrait, sauf surprise, revenir à un joueur autre que celui qui domine tant le classement depuis 4 ans, Lionel Messi. Cette saison, la lutte finale aura semble-t-il été un peu plus ouverte. Lionel Messi a enchaîné les blessures dans le money time, Ronaldo, au contraire de l’argentin, a su briller au meilleur moment et Ibrahimovic, qui n’a jamais été réellement dans le coup (finalement pas finaliste), a continué jusqu’au bout à illuminer de ses gestes de classe les terrains d’Europe. Reste Franck Ribéry, acteur incontournable d’un Bayern monumental qui a tout gagné. Il y a quelques semaines encore, il était l’un, voire le seul favori d’une distinction qui échappe au football français depuis Zinédine Zidane. Du moins c’est ce que l’on pensait. Car en un éclair de génie et un report de vote complètement inapproprié, voilà le français désormais relégué au statut d’outsider, et ce même s’il fait partie des finalistes. Mais avait-il réellement ses chances ?

Ribéry a manqué de soutien

Depuis quelques semaines, Franck Ribéry semble être de plus en plus nerveux à l’approche du verdict. Ce ne sont pas ses prestations ou ses gestes d’humeur sur un terrain qui le laissent à penser, puisque le joueur est sur le même tempo que les saisons précédentes, mais plutôt son comportement et ses réactions en dehors du terrain, notamment envers Gérard Houiller ou à un degré moindre, Mamadou Sakho. Et en cette période de Ballon d’Or, comment ne pas y voir un lien. Favori au sortir d’une Ligue des Champions remportée par le Bayern dont il aura été l’un des de ses plus grands artisans, élu meilleur joueur d’Europe par l’UEFA, beaucoup d’observateurs s’accordaient alors pour dire que Franck Ribéry avait de grande chance de succéder à Zidane, Papin, Platini et Kopa au palmarès de la plus prestigieuse distinction individuelle qui existe dans le football. Mais ça, c’était avant. Avant cette décision incompréhensible de la FIFA d’allonger la date de remise des votes de deux semaines et avant cette nouvelle performance hors norme de Cristiano Ronaldo lors des barrages. Si Ribéry semble plus nerveux, c’est parce qu’il sait pertinemment que ces deux évènements ont tout changé et qu’il n’a désormais quasiment plus aucune chance d’être élu. Autre élément qui semble peut-être l’avoir agacé dans cette lutte pour un objet tant convoité, le manque de soutien de ses compatriotes à un moment clé de l’élection. Car il n’aura échappé à personne aujourd’hui que le Ballon d’Or ressemble davantage à une élection politique qu’à autre chose. Qu’autrement dit, sans un lobbying puissant, une communication savamment pensée et un soutien indéfectible de la part de son club et de toute une nation, il est difficile d’exister. Tout ceci, Franck Ribéry n’a pu en bénéficier cette saison. Pire, au moment où ce dernier en avait le plus besoin, voilà que même ses compatriotes l’ont "lâché".

Sacré meilleur joueur de l'année par l'UEFA, le Ballon d'Or devrait lui échapper

Pour mieux comprendre ce sentiment, revenons d’abord sur ces manifestations d’agacement des dernières semaines. Cela a tout d’abord commencé avec Gérard Houiller, qui au cours d’un entretien pour France Football indiquait clairement que Franck Ribéry ne boxait pas dans la même catégorie de Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, ce qui en soit, n’est pas infamant, chacun ayant le droit d’avoir son avis sur la question. Ribéry, de façon assez surprenante, répondit au technicien et manqua même d’en venir aux mains avec lui après le match de l’Equipe de France face à l’Australie. Puis vint l’autre déclaration quelques jours après, celle de Mamadou Sakho. Un entretien sur la chaîne BeIn Sport au cours duquel il affichait clairement sa préférence pour Cristiano Ronaldo s’il avait pu voter. Là encore, Ribery réagit et répond, cette fois-ci dans la presse, en affichant publiquement sa déception, alors que l’on aurait pu croire les relations au sein des bleus plus détendues après la qualification pour la Coupe du Monde. Evidemment, il serait facile ici d’attaquer ces gestes d’humeur tant ceci sont inappropriés, on pourrait aussi critiquer le joueur sur son caractère, sur le fait qu’il n’accepte pas la critique alors qu’il doit au contraire l’accepter, mais il semble avoir du mal à se contenir. Un sentiment relativement confirmé sur le plateau du Canal Football Club il y a de cela quelques semaines, où l’on pouvait sentir une certaine tension de la part du joueur et où les sujets fâcheux ont été clairement évités. On pourrait certes lui reprocher ses dernières sorties, mais on pourrait aussi peut-être aussi avoir une deuxième lecture de ces évènements et y voir plutôt un geste d’agacement de la part d’un joueur qui espérait probablement davantage de soutien de la part de ses compatriotes. D’ailleurs, le sondage publié par le CFC ce jour là, qui révélait que 53 % des français intéressés par le football estimaient que Ribéry méritait de remporter le Ballon d’Or, traduisait bien en ce sens ce sentiment que le Kaiser du Bayern manque clairement de soutien. Un manque de soutien fatal, car ses rivaux dans cette course, eux, n’en ont pas manqué pas, à commencer par Cristiano Ronaldo, finalement devenu grand favori de cette année après la blessure de Messi.

Le football a changé, le Ballon d'Or aussi

Il n’était pas difficile ces dernières années, de prédire le vainqueur du Ballon d’Or tant Lionel Messi avait pris la mesure de Cristiano Ronaldo dans la rivalité qui les oppose. Mais la blessure du lutin argentin ainsi que les prestations du portugais notamment lors des barrages face à la Suède lui ont permis de rattraper son retard, au point même, de le dépasser. Le talent du joueur n’est pas à démontrer et la saison du numéro 7 madrilène a été en tout point exceptionnelle, mais est-ce vraiment cela qui lui confère un tel avantage face à Franck Ribéry ? Pas certain, mais dans ce cas alors, comment l’expliquer ? De façon indéniable, nous pouvons au moins avancer 2 arguments forts. Premier argument en sa faveur, le soutien dont il bénéficie. Cristiano a toujours pu compter sur un soutien indéfectible de la part de ses compatriotes chaque saison, mais aussi de celui, d’une grande partie de l’Espagne (la pro-madrilène) les saisons où il n’y avait pas de compétition internationale. Un avantage dont ne peut bénéficier le français et dont l’argentin aura du mal à tirer profit à cause de sa blessure. Mais là encore, ce n’est pas sur la base de ce seul argument que l’on peut expliquer cet avantage. Car le plus grand argument que l’on peut attribuer en faveur du portugais cette saison est celui qui l’a tant fait souffrir par le passé, à savoir sa rivalité avec Messi. Cette rivalité est probablement l’une des plus intenses que le football n’ait jamais connus, au point d’avoir sublimé encore davantage la rivalité Barça-Real ces dernières saisons. Nous l’avons déjà dit, mais cette année, Ronaldo a pu prendre l’avantage sur Lionel Messi, profitant de l’arrêt forcé de ce dernier pour briller seul cet automne, en particulier en barrage face à la Suède. Cette rivalité est tellement intense que beaucoup de joueurs, pourtant auteurs de saisons exceptionnelles tant à titre individuel que collectif, ont été tout simplement éclipsés de la course au cours de ces dernières saisons, à commencer par les champions espagnols Xavi et Iniesta, ou encore Sneijder en 2010. Tout comme Ribéry cette année ?

Comme Iniesta en 2012, Ribéry sera bien seul face à Ronaldo et Messi

La récompense Ballon d’Or a bien changé. Depuis sa fusion avec le Fifa World Player Of The Year en 2010, le Ballon d’Or récompense la meilleure individualité du moment, pas le meilleur joueur d’une saison. Il est aujourd’hui impensable de le voir récompenser un joueur qui a marché sur l’eau durant une grande compétition internationale ou qui a été l’artisan du succès de son club ou de sa sélection. Cette fameuse notion de Palmarès, qui récompense en premier lieu l’équipe et non le joueur, a aujourd’hui complètement disparu de la circulation. C’est pourquoi Messi l’a remporté en 2010 et 2012 alors que des joueurs comme Sneijder  en 2010 (avec l’Inter) ou Iniesta en 2010 et 2012 (avec l’Espagne) le méritaient tout autant, si ce n'est plus. C’est aussi la raison pour laquelle beaucoup estiment que le Ballon d’Or est aujourd’hui devenu un objet de convoitise purement irrationnel en complet désaccord avec ce que le football est avant tout, à savoir un sport collectif. Après Sneijder et Iniesta, Franck Ribéry est le représentant de cette vision du football qui a de moins en moins sa place aujourd’hui, celle où le collectif prime sur l’individualité, celle où l’équipe doit aussi être récompensée. Cette année, nous avons en la personne de Franck Ribéry le prototype du joueur qui a tout gagné et qui a été déterminant au sein d’un collectif, l’acteur incontournable d’une équipe qui aura conquis tous les trophées possibles au cours d’une saison de rêve. De l’autre, nous avons avec Ronaldo l’expression du football qui prend de plus en plus le pouvoir, celui qui consacre l’individu. Il est l’un des plus grands athlètes que le football ait connu et est une machine qui pulvérise les records individuels avec une incroyable régularité. Une véritable opposition de style, qui même si les votes n’ont pas encore été dévoilés, semblent donc tourner à l’avantage du portugais. Une preuve de plus que, au-delà du Ballon d’Or, c’est bien le football tout entier qui a changé. Réponse à tout ça le 13 janvier prochain, à Zurich.

Qui de Ronado, Messi ou Ribéry remportera le Ballon d'Or ? Superbe compilation de leur saison par SrRondo